Tout est dit...
#71
RE: Tout est dit...
chacun verra évidemment midi à sa porte et préférera tel ou tel support selon son rapport à la musique, son usage et pour beaucoup d'entre nous aux "objets musicaux" qui nous rassemblent ici.
Le choix des armes est partiellement résolu pour les productions actuelles, même si la persistance du support et le marketing des majors propose à nouveau des pressages vinyl, des rééditions collector, des inédits de certains artistes, dans des formats et packagings qui savent créer le désir auprès des fétichistes du genre. Aucune ironie ici, étant moi même victime de cette coupable addiction et le Disquaire Day s'en régale chaque année. Il fut un temps où je mettais un point d'honneur a ne PAS acheter de vinyle ce jour là, d'abord parce que j'en achetais tous les autres jours ou presque ( j'exagère un peu) mais surtout en résistance à l'obscénité évidente de l'operation marketing et de la spéculation qui en découle, l'édition exclu numérotée étant rapidement raflée en nombre par des petits malins qui en feront commerce online lorsque la demande dépassera loffre tôt ou tard. Pourquoi pas d'ailleurs. On aurait beau jeu de vouloir jouir et profiter d'un système marchand dérégulé a outrance sans accepter d'en subir les effets collatéraux. Et puis las, comment résister à un 3xLP live inédit de Joe Henderson live at the Jazz Showcase? Mais je m'égare...Tout comme le mastering des années 60 pouvait être spécifique à la diffusion des titres en radio, celui des pressages spéciales club des mix 12" ( et remixes) à partir des années 70, il ne serait pas impossible qu'il en soit de même pour l'exploitation quasi exclusive en format demat', qui nourrit les divers abonnements en ligne, fussent-ils audiophiles ou non.

Lorsqu'il m'arrive d'écouter un système dématérialisé et qu'on me propose de choisir la musique, l'hôte cherche sur sa tablette et tend à s'arrêter sur la première version venue. Tout le monde n'est pas comme Dechab et sa noble manie ? de chercher " sa" meilleure version... En règle générale, de quel support, master ou remaster s'agit il? il sera notifié l'année de sortie de l'album et le label, guère mieux. Donc, pour rester cohérent avec mon propos antérieur, si on choisit Muddy Waters/Folk singer, on ne risque pas une grande déception, tant la prise de son est bonne et les affres du mastering acceptables. Le pressage original mono, lu avec une bonne cellule mono sur un système adéquat ( idealement mono lui aussi) ira plus loin, idem avec une des nombreuses rééditions audiophiles stereo- notamment celles pressées en 45 rpm avec une dynamique supérieure (plus de place sur le vinyle) mais a priori, ce sera plus la mise en œuvre du matériel et l'acoustique de la pièce qui en feront une écoute hors du commun ou juste ok. Et l'attelage en vinyle mono une démarche hors norme peu répandue. Le cas échéant, il en restera le plaisir simple de la musique qui est évidemment l'essentiel.

Pour d'autres musiques, on tombera parfois sur des versions dématérialisées peu convaincantes et là encore, c'est le maillon faible du système qui peut en être la cause, pas le format numérique en soi.
Ce qui est clair cest que l'attachement à l'objet disque comme à celui de l'objet matériel hifi, reste fort et un peu mysterieux selon la motivation ou démarche culturelle de chacun, et surtout indépendante du clivage mieux/moins bien.

Et pour certaines musiques et je pense ici à certains artistes de jazz japonais des années 90/2000, le débat n'existe pas. Le seul format officiel et enregistré, masterisé ad hoc étant le cd, point. Beaucoup sont quasi introuvables tant en cd ( rares, chers et japan market only,) qu'en demat'.
“I spent a lot of money on booze, birds, and fast cars. The rest I just squandered.”

_George Best
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#72
RE: Tout est dit...
Salut Christophe,

(Il y a 9 heures)xtof a écrit : En conclusion, si le vinyle peut offrir une expérience d’écoute hautement qualitative, il semble aujourd'hui indissociable d'un paradoxe technique et financier.
Pour atteindre, voire dépasser, la précision d'un système numérique bien mis en œuvre, l'investissement nécessaire en lecture analogique devient exponentiel. L’installation impressionnante de Gilles en est le parfait exemple : pour que le vinyle "respire" sur du haut rendement, chaque maillon (cellule, bras, préampli phono) doit être d'une exigence absolue.
Pourtant, le débat reste vif pour plusieurs raisons :
Les points forts qui sauvent le vinyle :
  • Le mastering différencié : C’est le point crucial soulevé par Jean-François. À cause de la "Loudness War", les versions CD/Streaming sont souvent compressées dynamiquement pour sonner fort partout. Le vinyle, par ses contraintes physiques (risque de saut de sillon), impose souvent un mastering plus aéré et respectueux de la dynamique originale.
  • Le rapport à l’objet : Le rituel de la manipulation, la lecture d’une pochette grand format et l’écoute intégrale d’une œuvre sans "zapping" favorisent une attention que la dématérialisation a parfois tendance à diluer.
Les points faibles face à la réalité moderne :
  • Le coût et la fragilité : Outre le prix du matériel de lecture, le coût d'une "galette de plastique" devient extravagant, sans oublier sa vulnérabilité à la poussière et à l'usure.
  • La source originelle : Comme le souligne Florent Garcia, l'ironie est que nous écoutons souvent une conversion numérique pressée sur du plastique. Si la source est numérique, pourquoi multiplier les conversions et les risques d'artefacts mécaniques ?
  • L’accès à la musique : Le catalogue disponible en vinyle ne représentera jamais la profondeur quasi infinie des bibliothèques numériques actuelles.
En définitive, je dirais oui au vinyle, mais uniquement pour ceux qui acceptent d'y mettre les moyens et d'en faire une démarche esthétique globale. Pour celui qui recherche la fidélité pure et la transparence au meilleur rapport qualité/prix, un baladeur haut de gamme associé à un bon DAC et un casque performant offrira, dans la majorité des cas, une restitution bien plus rigoureuse et immersive.

Qu'en pensez-vous ? Est-ce la nostalgie du mastering "à l'ancienne" qui nous fait préférer le vinyle, ou le support a-t-il encore une supériorité technique réelle sur nos systèmes HR ?

Bonne journée,
Christophe.
J'aime bien ta conclusion, je souhaiterais l'augmenter de quelques points mineurs possiblement di/convergents  Wink

Citation :si le vinyle peut offrir une expérience d’écoute hautement qualitative, il semble aujourd'hui indissociable d'un paradoxe technique et financier.
Pour atteindre, voire dépasser, la précision d'un système numérique bien mis en œuvre, l'investissement nécessaire en lecture analogique devient exponentiel. L’installation impressionnante de Gilles en est le parfait exemple : pour que le vinyle "respire" sur du haut rendement, chaque maillon (cellule, bras, préampli phono) doit être d'une exigence absolue.

J'ai ici sous la main le parfait contre-exemple : table de lecture Technics de dernière génération (enfin, presque) à prix abordable (et donc, décriée à tort en ces lieux car PACMF) mécanique précise et fluide, silencieuse, procurant d'excellents résultats.
La cellule, sa qualité et son montage sont par contre des points d'investissement/temps non-négligeables, mais le budget total lecture ne dépasse pas les 1500 (j'avais eu un prix Japon sur la OC9XSL et depuis, sur une nouvelle acquisition la XML que je n'ai pas encore mise en service (solution de rangement porte-cellules AT en cours)).

Pour le pré-ampli phono ce n'est pas forcément excessif non plus, pour bien exploiter une MC nul besoin de se ruiner en topologies à tubes ou même à base de transfos step-up. J'ai trouvé une solution qualitative mixte 2SB737/AOP qui se comporte de manière irréprochable (même si elle a été boudée avec acharnement à sa présentation, à tort car cela n'a heureusement pas influencé d'un iota mes propres évaluations et compte-rendus qualitatifs à propos de ses performances).

Citation :Le coût et la fragilité : Outre le prix du matériel de lecture, le coût d'une "galette de plastique" devient extravagant, sans oublier sa vulnérabilité à la poussière et à l'usure.

Effectivement, ça s'use. 
Il suffit d'avoir acheté un pressage neuf et l'écouter une petite dizaine de fois : s'il était parfaitement silencieux au départ, se rajoutent à la longue des défauts et des craquements supplémentaires, usure, manipulation.
Cela plaide pour une dématérialisation des vinyles (a minima ceux que l'on souhaite écouter très souvent) afin de pouvoir lire leur copie à l'infini sans user davantage le support physique d'origine.

Citation :L’accès à la musique : Le catalogue disponible en vinyle ne représentera jamais la profondeur quasi infinie des bibliothèques numériques actuelles.

La disponibilité de musique en vinyles d'époque, non-totalement répertoriée, est réellement impressionnante, au point qu'il est difficile de savoir tout ce qui a été gravé depuis les débuts de la norme RIAA par exemple ... Et cette immensité de disques ne sera jamais disponible en version numérisée en ligne pour la très grande majorité ...

C'est complètement ce qui a motivé ma propre démarche et mon achat/équipement lecture vinyles actuel, être équipé pour pouvoir lire ces témoignages du passé tirés de brocantes ou reventes avec une qualité de type archiving ou broadcast, sans fantasmes illusoires rajoutés. Seconde motivation, pouvoir lire les vinyles de musiques actuelles afin de pouvoir comparer les versions numériques et analogiques des mêmes albums.
Sur le plan mécanique, du matériel neuf et non de seconde main éventuellement bidouillé ou mal révisé m'ont paru importants pour une base saine.
Alors je n'ai que la norme RIAA à ma disposition à la lecture, je ne dispose pas des autres types de corrections utilisées par le passé. C'est cependant suffisant pour mon usage personnel (et je pense pour pas mal d'autres participants)

Citation :Qu'en pensez-vous ? Est-ce la nostalgie du mastering "à l'ancienne" qui nous fait préférer le vinyle, ou le support a-t-il encore une supériorité technique réelle sur nos systèmes HR ?

Je ne pense pas que ce support soit supérieur sur le plan technique et ni à l'écoute à ce qu'on peut faire aujourd'hui en tout numérique. 
Les défauts techniques ajoutés, de nos jours tous bien connus et identifiés, répertoriés ainsi que leur incidence sur l'écoute (on peut aussi choisir de les ignorer pas de souci) 
font le charme ou la détestation de cette dernière suivant l'expérience utilisateur (laquelle est possiblement très différente même en lisant le même pressage).

Il y a évidemment la nostalgie, le geste et le rituel qui restent inséparables de l'humain, cela n'étant pas je pense une mauvaise chose.

Cependant quand on est "djeuns" on n'a pas forcément ce rituel ancré, en revanche on se constitue plus simplement différentes playlists nettement plus conviviales à organiser en dématérialisé. Mais ce n'est pas pour autant que l'on apporte moins d'importance à la qualité d'écoute !  Blush

crdt.
" Liberty is an effort of the mind, rather than the arms."

Édouard René Lefèbvre de Laboulaye, 1876
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