(08/06/2026-15:11:51)raoul a écrit : Quant aux vinyles DMM, c'est moins bon parce que la gravure sur laque est plus fine, plus profonde.
Par contre, avec des étapes plus courtes, c'est plus lucratif pour l'industriel. Tout le discours des graveurs qui te vendent du DMM c'est que du vent.
Si je peux me permettre de rajouter mon petit grain de sel

"Le débat entre le pressage traditionnel sur laque (laquer/acetate) et le DMM (Direct Metal Mastering) agite le monde des audiophiles depuis les années 1980.
L'affirmation de Raoul contient des vérités indéniables sur l'aspect industriel, mais elle est techniquement inexacte (voire contradictoire) sur la physique de la gravure, et un peu trop radicale sur la qualité sonore.
Décortiquons le vrai du faux.
1. « La gravure sur laque est plus fine, plus profonde » : FAUX
C'est techniquement l'inverse.
- Sur laque (Traditionnel) : Le burin grave une laque en acétate, une matière relativement tendre. Pour éviter que le flanc des sillons ne s'effondre et pour gérer la dynamique, la gravure doit souvent être moins serrée. De plus, la laque a une fâcheuse tendance à la "mémoire élastique" : après le passage du burin, la matière se rétracte légèrement, ce qui peut créer un léger écho entre deux spires (le pré-écho).
- Sur DMM : Le burin (en diamant, chauffé) grave directement dans une couche de cuivre pur, un métal dur et stable. La gravure DMM permet au contraire une géométrie de sillon extrêmement précise, nette et fine. Comme le métal ne bouge plus après le passage du burin, les sillons peuvent être espacés de manière beaucoup plus serrée.
Citation :Conséquence : Grâce à cette finesse et à ce serrage, une face de vinyle DMM peut contenir jusqu'à 10 à 15 % de temps de musique en plus (jusqu'à 25-30 minutes par face) qu'une gravure sur laque, sans perte drastique de niveau.
2. « Des étapes plus courtes, plus lucratif pour l'industriel » : VRAI
Sur ce point économique et logistique, Raoul a totalement raison. Le procédé DMM a été inventé en grande partie pour optimiser la chaîne de production industrielle.
Dans le procédé traditionnel sur laque, le parcours est long et délicat (dit en "trois étapes") :
- On grave la Laque (Master).
- On la galvanise pour obtenir le Père (Master en métal négatif).
- On galvanise le Père pour obtenir la Mère (Positif en métal).
- On galvanise la Mère pour obtenir les Matrices / Tampons (Stampers, négatifs) qui presseront les disques.
Avec le DMM, on saute deux étapes majeures :
- On grave directement le Master en cuivre (Positif).
- On le galvanise une seule fois pour produire directement les Matrices / Tampons (Stampers).
Pour l'industriel, les avantages sont colossaux :
- Gain de temps et d'argent : Moins de bains chimiques, moins de manipulations.
- Taux de déchet réduit : La laque acétate est fragile, craint la chaleur, la poussière et se détériore vite. Le cuivre DMM est robuste, stable et peut être conservé ou réutilisé pour refaire des matrices des années plus tard sans dégradation.
3. « Le discours des graveurs... c'est que du vent » : À NUANCER
Le DMM apporte de réels avantages physiques qui ne sont pas "du vent", mais qui se traduisent par une signature sonore très typée qui ne plaît pas à tout le monde.
Les avantages mesurables du DMM :
- Bruit de fond drastiquement réduit : L'absence des étapes de galvanisation intermédiaires élimine le souffle de surface inhérent au traitement de la laque. Le rapport signal/bruit est excellent.
- Pas de pré-écho : Vous n'entendez pas le début de la chanson en sourdine une seconde avant qu'elle ne commence.
- Distorsion des hautes fréquences quasi nulle : La précision du burin sur le cuivre offre une restitution des aigus d'une clarté chirurgicale, particulièrement en fin de face (proche du centre du disque), là où la laque traditionnelle sature souvent.
Pourquoi Raoul (et d'autres) n'aiment pas le DMM :
C'est là que le débat devient subjectif et artistique. La gravure sur cuivre est si précise qu'elle a souvent été qualifiée de "froide", "clinique" ou "trop brillante".
- Le manque de rondeur : La laque traditionnelle, par ses micro-imperfections et sa dynamique plus "ronde", apporte une chaleur dans les bas-médiums et les graves que beaucoup associent au "son vinyle" authentique.
- Le mastering des années 80 : Le DMM est arrivé en pleine transition vers le numérique (CD). Beaucoup d'albums DMM des années 80 ont été gravés à partir de masters numériques de l'époque (parfois en 16-bit/44.1kHz), accentuant ce côté sec et agressif dans le haut du spectre.
Raoul a raison de souligner que le DMM est une bénédiction économique pour l'industrie, mais il se trompe sur la technique : la gravure DMM est plus précise et plus fine que la laque.
Dire que c'est "moins bon" est un raccourci. Sur un système haute fidélité très analytique, un excellent pressage DMM (comme certains disques de musique classique chez Teldec ou de Jazz) offre une transparence et une dynamique exceptionnelles, proches du master original. En revanche, pour du Rock ou des musiques qui demandent de la chaleur et du corps dans le grave, le pressage traditionnel sur laque conserve souvent la préférence des mélomanes.
Christophe utilise Jiminy Cricket : il me donne le ton, et je réécris la partition
C'est ma bonne conscience numérique : il me souffle la note, mais c'est moi qui tiens le clavier
